DE 1130 à aujourd’hui

La Coulée de Serrant et ses moines

L’histoire du domaine se compose autour de deux principaux tableaux que sont la Coulée de Serrant et la Roche-aux-Moines.

La Coulée de Serrant fut plantée en 1130 par les moines. Elle est toujours restée en vigne depuis. Le terme « coulée » était utilisé pour définir un vallon. L’ancien monastère qui reprend le nom de « Serrant » existe toujours. Il fut attribué du fait de son appartenance autrefois à la puissante seigneurie de Serrant dont le château est situé à quelques kilomètres du vignoble.

C’est aux alentours de 1331 que le chevalier Buhard, auquel appartenait un vaste territoire à cet endroit, offrit une partie de ses biens aux religieux bénédictins de l’abbaye Saint-Nicolas d’Angers, alors récemment fondée et richement dotée par les Plantagenêts.

Le droit féodal s’y appliqua sans réserve. L’appellation de l’ensemble des biens offerts et les textes précisent que la terre relève de la seigneurie de Serrant, si bien que sa vieille dénomination de Roche de Serrant fut parfois appelée Roche-aux-Moines, puis Roche Vineuse, avant de devenir Roche-aux-Ducs, puis de nouveau Roche-aux-Moines.

L’année 2025 est caractérisée par la 895e vendange consécutive. Cette longévité et cette richesse historique ont participé au classement de la Coulée de Serrant en monopole. Le vallon se compose de 7 hectares qui bordent les rives de la Loire. Depuis 1960, elle est propriété de la famille Joly qui y cultive et entretient l’héritage culturel du site.

La Coulée de Serrant a toujours été considérée comme un produit rare, voire unique. Elle fut consommée au sein de la cour royale. Louis XI la surnommait « la goutte d’or », Louis XIV vint la visiter, l’impératrice Joséphine raffolait du vin de la Coulée de Serrant (source : Dr. Maisonneuve, Monseigneur le Vin). Des écrivains célèbres comme Alexandre Dumas, Maurice Constantin-Weyer y firent également référence. Plus récemment, de nombreux critiques, dont Curnonsky, surnommé « le prince des gastronomes », l’ont classé comme l’un des meilleurs vins blancs français.

L'impératrice Joséphine de Beauharnais (1763-1814)

Gérard François Pascal Simon, Baron (1770-1837). Versailles.

Le logis de la Coulée de Serrant, aussi appelé Vieux Serrant, au début du siècle dernier

Le logis de la Coulée de Serrant, aussi appelé Vieux Serrant, au début du siècle dernier

Vue du logis de la Coulée de Serrant au siècle dernier

Vers 1909

Vue du Vieux Serrant, avec en arrière plant à gauche la Roche aux Moines

Vignoble de La Coulée de Serrant

La ferme et le manoir

Datation probable : vers 1910–1914

Datation probable : vers 1930

Le logis de la Coulée de Serrant, aussi appelé Vieux Serrant, au début du siècle dernier

John d'Angleterre contre Louis VIII de France

Le logis de la Coulée de Serrant, aussi appelé Vieux Serrant, au début du siècle dernier

Gravure de la forteresse Roche-aux-Moines

Représentation de la forteresse Roche-aux-Moines d'après Jean Marcot.

XIIe siècle

La Roche-aux-Moines, autrefois une forteresse médiévale

En ces temps anciens de la fin du XIIe siècle, les moines de Saint-Nicolas-d’Angers, cultivant paisiblement leurs vignes, ont sans doute été surpris lorsqu’un étonnant tour de force – pour ne pas dire coup de force – décida qu’un château fort s’élèverait sur le site. L’autorité royale suppléait donc l’autorité locale et celle des religieux. Le commanditaire du chantier détenait tant de puissance et tant d’argent qu’il bâtit un vaste monument.

Ce fut Jean-sans-Terre, conforté dans ses prétentions par sa mère Aliénor d’Aquitaine, qui joua en l’occurrence la légalité de dévolution de la couronne. L’administration de la terre des Plantagenêts était assurée par le truchement de sénéchaux. L’un d’entre eux, et non le moins puissant, était Guillaume des Roches, personnage haut en couleur. Né vers 1155 dans le Baugeois ou dans le Vendômois, il fit un brillant mariage avec Marguerite de Sablé et figura très vite dans l’entourage immédiat de Richard Cœur-de-Lion.

Guillaume des Roches est en premier lieu un fidèle serviteur des Plantagenêts, tout du moins jusque dans les années 1215. Il est très probable que c’est lui qui ordonna et supervisa la construction du château. Le but n’est pas très clair. Il peut être de lutter contre les Français, mais sans doute pas contre les Anglais puisqu’ils sont chez eux. Il est probable que le but premier fut de lutter contre les armées de brigands qui menaçaient le trafic sur la Loire ainsi que les environs d’Angers.

XVIIIe siècle

La Roche-aux-Moines : de la forteresse au château de villégiature

Après la destruction de la forteresse, ordonnée par le duc de Mercœur en 1592 afin qu’elle n’arrive pas sous le contrôle des protestants, un deuxième château sur le site apparaît, comme le montre une aquarelle de Jean-Jacques Delusse datée de 1839. Il s’agit de René-Sébastien Letourneux de la Perraudière qui acquiert, au cours du XVIIIe siècle, une grande partie du vignoble de la Roche-aux-Moines. Il se fait bâtir une vaste maison au sommet du coteau, ouvrant sur la Loire et la Coulée de Serrant. La taille de la demeure impressionne du fait de son élévation à 13 travées, située en bordure du chemin, à côté du château actuel.

Vue du coteau de la Roche aux Moines, aquarelle de Jean-Jacques Delusse (1758-1833)

Ancienne gravure avec une vue depuis la rive de la Loire, la maison de Becherelle, appelé à l’époque ‘maison des brigands’, la Roche aux Moines en arrière-plan.

Le logis de la Coulée de Serrant, aussi appelé Vieux Serrant, au début du siècle dernier

Vue du château actuel

Le logis de la Coulée de Serrant, aussi appelé Vieux Serrant, au début du siècle dernier

XIXe siècle

Le château actuel

En 1818, la petite-fille de René-Sébastien Letourneux, Marie-Bonne-Élisabeth Letourneux, hérite du domaine. Avec son époux Charles de Jourdain, elle fait réaliser entre 1839 et 1842 la construction du château actuel. Les plans sont attribués à Édouard Moll, architecte de nombreuses belles propriétés et notamment de l’hôpital d’Angers. De style néoclassique, il emprunte les élégantes proportions du XVIIIe siècle. Avec son toit à croupes, façades ordonnancées à fronton central, chaînes d’angle à bosselage, alternance des formes de lucarnes.

La famille Jourdain le conserva jusqu’en 1937, lorsqu’il fut vendu au comte de La Rochefoucauld qui, plus tard, le céda au baron de Craecker, à qui l’on doit d’avoir réuni la Coulée de Serrant à la Roche-aux-Moines. Il céda l’ensemble de la propriété en 1960 au docteur Joly, qui, avec son épouse Denise, née Droin, entreprit des travaux de restauration importants. La propriété est toujours au sein de la famille depuis.

XIXe siècle

Les jardin et l’allée de cyprès

Dès la suite de la reconstruction du château en 1842 fut entrepris la réalisation d’un vaste projet de jardins paysagers, conçu par André Leroy. C’est sans doute à ce dernier qu’il faut attribuer l’aménagement de la grande allée bordée de cyprès, formant un belvédère avec une vue remarquable sur la Loire.

Elle fut classée au titre des sites en 1939. Il est fort probable que l’allée faisait partie du complexe défensif de l’ancienne forteresse. Elle fut reprise par le paysagiste qui est à l’origine de la création des jardins. Il y ajouta les cyprès qui longent de chaque côté l’allée sur près de 400 m.

André Leroy est un paysagiste en vogue à cette époque. Il a notamment été chargé d’élaborer le jardin du Mail à Angers, un des lieux les plus fréquentés de la cité angevine. À sa mort, les établissements André Leroy sont la plus grande pépinière d’Europe et comptent près de 300 ouvriers répartis sur 200 hectares de terres et 160 espèces d’arbres et d’arbustes.

Le logis de la Coulée de Serrant, aussi appelé Vieux Serrant, au début du siècle dernier

La Roche aux Moines actuel avec l’allée de cyprès, également appelé cimetière des Anglais.